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Éloge de l’inefficacité

L’inefficacité est nécessaire, elle est même salvatrice.

Dans la recherche de l’efficacité on perd sa liberté d’essayer, d’inventer, de chercher, d’échouer, de créer. S’intéresser à d’autres choses, se distraire, réduit bien sûr l’efficacité… à court terme. Mais même dans un contexte économique, et dans un sens large, la curiosité est un investissement en temps, pas une perte. Elle porte l’espérance d’un enrichissement, au moins personnel, et bien souvent collectif. La curiosité c’est surtout ce qui différencie l’humain polyvalent par nature d’une machine conçue pour effectuer efficacement un ensemble réduit de tâches, mais qui n’apportera rien d’autre.

Dans un monde où la course à l’efficacité et à la rentabilité est bien engagée, l’homme souffre de l’humanité qu’on lui arrache. Et dans cette course il a perdu d’avance face à des machines qui finiront toujours par être meilleures que lui. Il serait temps de se questionner sur notre place, sur le sens de notre existence, et peut-être de réaliser que notre rôle, notre vraie nature, n’est pas principalement de produire et d’être efficaces.

Il reste à imaginer la société qui pourrait convenir à l’humain.

Un Commentaire

  1. RXINA RXINA

    Depuis les années 1980, la société a choisi de s’inspirer dans tous les domaines de la logique d’entreprise et d’économie. Internet a envahi nos vies.

    La recherche d’efficacité, de rationalité s’est répandue comme une trainée de poudre.

    Partout on a voulu chasser le hasard et le gaspillage, planifier, mutualiser, rationaliser, rentabiliser, optimiser.

    Or ce qui pourrait apparaître comme une louable intention cache en réalité une évolution inhumaine.

    À l’école : les enseignants doivent s’inscrire sur des créneaux d’utilisation des équipements (piscine, stade, …), au prétexte de rationaliser l’utilisation de ces équipements, d’éviter le gaspillage des créneaux libres, etc. Cela constitue en vérité une entrave à la liberté de choisir, d’improviser, d’utiliser ces équipements quand bon nous semble.

    Dans le domaine de la santé :
    Chez le médecin : il devient impossible d’obtenir un conseil par téléphone : tout appel téléphonique débouche sur un répondeur ou une assistance virtuelle. Plus de voix humaine pour échanger avec vous. Une secrétaire médicale, c’est trop cher. Vous êtes dirigé vers un site internet de prise de RV en ligne. On se dirige de plus en plus vers des consultations en ligne, par écran interposé.

    Dans tous les anciens « services publics », c’est la même logique qui est à l’honneur, de rentabilité d’efficacité, de mutualisation des moyens… Vive Internet !

    On croit s’améliorer, progresser. Mais on régresse. On affaiblit l’humanité.

    Contre cette évolution que je juge néfaste, je veux ici réhabiliter le hasard, le gaspillage, l’inefficacité. Comme la lenteur contre la vitesse. Comme la décroissance contre la croissance.

    Le hasard ne choisit pas. Il donne les mêmes chances à tous. Il nous met tous sur un pied d’égalité.

    Le gaspillage garantit la liberté. Nul besoin de planifier, de se répartir des créneaux, de mutualiser les moyens. De travailler sans stock, à flux tendu. Au contraire, avec le gaspillage autorisé, nous pouvons utiliser les moyens librement, immédiatement, sans autre contrainte que leur disponibilité.

    L’inefficacité sert à nous rappeler notre fraternité. Elle nous dit que nous méritons tous notre condition humaine. Ce ne sont pas seulement les meilleurs, les forts, les gagnants, les plus efficaces qui méritent la reconnaissance d’être humain, mais aussi les faibles, les perdants, ceux qui se trompent et ceux qui échouent.

    Bien. Une fois ceci posé, il faut impérativement définir des limites.
    Car j’entends déjà les oppositions légitimes à ce texte. Mais laissez-moi terminer. Car bien sûr, on ne peut pas s’arrêter là.

    Le hasard ne fait pas toujours bien les choses. Il peut être accepté, toléré, mais pas recherché.
    Le gaspillage ne peut pas être illimité. Il peut être accepté, toléré, mais pas recherché.
    L’inefficacité ne doit pas être recherchée. Elle peut être acceptée, tolérée, mais pas recherchée.

    Sans limites, c’est le chaos qui nous attend. Donc oui, on va devoir poser des limites et rechercher un équilibre, mais ce que j’ai voulu exprimer, c’est une alerte sur le danger que constitue la voie du tout-efficace, du tout-contrôle et du tout-rationnel.

    Cette voie nous entrainerait vers un monde ultra-contrôlé, ultra-sécurisé, ultra-rationnel où les libertés disparaitraient peu à peu, dans lequel les faibles seraient peu à peu éliminés et remplacés peu à peu par des machines et des robots.

    Mais là je tombe dans la mode de la science-fiction dystopique.

    Restons sérieux et revenons au sujet. Car après réflexion, le problème reste entier : quelles limites ?
    À quel niveau ? Comment sont-elles décidées ? Qui les pose ?
    Il reste à définir une voie juste et équilibrée entre des niveaux de hasard, de gaspillage, d’inefficacité qui soient tolérables et tolérés sans que ce hasard, ce gaspillage ou cette inefficacité ne soient ni combattus, ni recherchés.

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